Chasse sur la Réserve Naturelle Nationale des Hauts-Plateaux du Vercors

Communiqué de presse rédigé par Jean-François Noblet suite à la conférence de presse donnée le mercredi 26 janvier à Grenoble.

Les médias s’emparent du sujet !

Communiqué de la FAUP

En 1990, le naturaliste Jean-François Noblet, alors conseiller écologique au conseil général de l’Isère, avait fait acheter par ce département les propriétés de la Grande Cabane et des Jas Neufs avec des fonds publics prévus pour la création d’Espaces Naturels Sensibles. La restauration de la chasse au cerf, par le conseil départemental le 1er octobre 2021, au profit d’une minorité (l’ Amicale des agents du département chasseurs de l’Isère) est incompatible avec ce financement public.

La Réserve Naturelle Nationale des Hauts-Plateaux du Vercors a été créée en 1985 sur une superficie de 17 000 hectares. C’est la plus vaste réserve naturelle terrestre de la France métropolitaine. Afin d’obtenir, à cette époque, le consensus des communes concernées, la chasse y est autorisée. Faute de garantir totalement la Biodiversité, sa création a permis de préserver ce paysage d’exception de l’installation de remontées mécaniques et de tout habitat permanent.

Depuis Charles VIII, qui allant guerroyer en Italie, avait fait halte pour ordonner la première ascension du Mont-Aiguille et chasser au Jardin du Roy, on n’avait jamais revu un droit de chasse réservé à une soi disant élite. Les Républicains du Conseil Départemental de l’Isère seraient-ils devenus Royalistes?

Jean-Pierre Barbier, président du conseil départemental de l’Isère, dans le Dauphiné libéré du 19 octobre 2021, justifie ce privilège :  » Le plan de régulation strictement encadré de la population de cerfs élaphes s’impose au Département, qui est dans l’obligation de le faire appliquer. La surpopulation de ces grands cervidés provoque en effet un ralentissement de la régénération de la forêt car ils se nourrissent des jeunes pousses d’arbres ».

Ce constat de surpopulation, qui ne se base sur aucune étude scientifique ni sur le moindre comptage, est consternant de la part d’un chasseur alors que tous ses confrères s’accordent pour clamer que depuis le retour du loup la population de cerfs et de chevreuils sur la Réserve des Hauts-Plateaux a diminuée.

Les domaines de la Grande Cabane et des Jas Neufs sont des pâturages pour la transhumance ovine depuis le XIe siècle. Il n’y a aucune exploitation forestière sur les 4000 hectares de la propriété du conseil départemental. Si les cerfs, quand le sol est recouvert du manteau neigeux, se nourrissent des jeunes pousses d’arbres , ils participent au maintien d’un espace ouvert indispensable pour pérenniser l’activité pastorale et favoriser la biodiversité. Car c’est notamment le biotope du Tétras Lyre et de la Tulipe sauvage, emblèmes du Parc Naturel régional du Vercors. Il faut maintenir la diversité de la Réserve, véritable mosaïque de forêts, falaises et pelouses sèches. En laissant reboiser les plus vastes pelouses, appartenant au conseil départemental, la Réserve perdrait sa spécificité et sa diversité biologiques et son attrait pour les randonneurs à pied ou à ski de fond qui parcourent ces endroits magiques. Le secteur du Grand Veymont (2343 mètres), point culminant du massif du Vercors, et les Jas Neuf, avec vue sur le Mont Aiguille, une des Sept Merveilles du Dauphiné, sont avec leurs 250 000 mille visiteurs les endroits les plus fréquentés de la Réserve. Il est donc inopportun d’y restaurer la chasse.

Toujours dans les colonnes du même quotidien, Jean-Pierre Barbier précise que les ACCA riveraines (Associations Communales de Chasse Agréée) n’étaient pas en mesure d’assumer ce plan de chasse. Si ces ACCA ne viennent pas chasser sur les Haut-Plateaux c’est parce qu’elles ont assez de cerfs sur les piémonts. Il y a suffisamment de zones chassables pour un million de chasseurs sur l’ensemble du territoire français, pour que les 66 millions de Français restants, qui ne chassent pas, puissent bénéficier de la tranquillité sur 4 000 hectares d’une Réserve emblématique de 17000 hectares!

La décision abusive du Conseil Départemental de l’Isère a été prise sans concertation avec le PNRV ni le Conseil Scientifique de la Réserve. C’est une humiliation inadmissible pour les élus, le personnel et la population du Parc du Vercors. Le Parc Naturel Régional du Vercors a toujours été innovant. Ce retour en arrière porte gravement préjudice à son image, à sa respectabilité et à son efficacité.

Sur cette montagne, en juillet 44, des Résistants ont sacrifié leur vie pour notre Liberté, pour une société plus juste et plus fraternelle. Mr le Président Jean-Pierre Barbier et Monsieur le Vice Président Fabien Mulik ne trahissez-vous pas leur mémoire en rétablissant des droits féodaux? Est-ce juste d’accorder des privilèges à une extrême minorité en utilisant des fonds publics ? Est-ce juste de s’arroger le droit de traverser la Réserve en 4 X 4 alors que les personnes à mobilité réduite ne peuvent pas accéder à cet environnement exceptionnel que vous allez polluer ? Quand comprendrez vous que la sobriété est indispensable à la survie de notre espèce ?